Canicules et milieux aquatiques : des impacts déjà visibles sur les poissons migrateurs
Publié le 9 juillet 2026
Depuis le début des suivis migrateurs pilotés par la Cellule Migrateurs Charente Seudre, l’année 2026 est l’année la plus extrême observée. Après un hiver marqué par la neige et les inondations, deux épisodes de canicule précoces ont frappé le territoire dès la fin du printemps, avec des conséquences directes sur les poissons migrateurs de la Charente et de la Seudre.
Frappant tôt dans l’année, les canicules ont conduit à des records :
- Température de l’air à 43,8 °C à Saintes le 17 juin
- Température de l’eau de la Charente à 28 °C à Cognac fin juin.
Les observations réalisées à la station de comptage de Crouin montrent que les aloses avaient pourtant débuté leur migration dans de bonnes conditions, avec plus de 400 individus observés en amont de Cognac au mois de mai. La première canicule semble ainsi avoir « boosté » les aloses dans leur migration grâce à un pic de chaleur succédant à un début de saison plus frais du fait des crues. Mais les fortes chaleurs ont rapidement perturbé leur cycle biologique : baisse brutale des effectifs en migration (60 à 10 individus), arrêt précoce de la reproduction et retour anticipé vers l’océan.
Les suivis menés à Taillebourg confirment également l’impact des températures élevées sur la reproduction des aloses feintes. Dès que la température de l’eau a dépassé 23 °C, l’activité de reproduction s’est fortement réduite, le développement des œufs et la production de juvéniles pour les années à venir est compromis.
L’anguille européenne n’a pas été épargnée. Dans certains fossés des marais de la Seudre, des températures de 30,2 °C ont été mesurées alors que son optimum thermique se situe entre 5 et 25 °C. Le taux d’oxygène y est devenu très faible en fin de nuit, le milieu s’est eutrophisé et des algues s’y sont développées compromettant le développement de l’espèce. Face aux risques de mortalité, les opérations de suivi prévues mi-juin ont même dû être annulées.
Ces exemples illustrent la vulnérabilité des milieux aquatiques face aux épisodes climatiques extrêmes. Pour renforcer leur résilience, plusieurs actions sont déjà mises en œuvre sur le bassin de la Charente : végétalisation des berges pour créer de l’ombre, restauration des zones humides, effacement d’ouvrages ou encore renaturation des cours d’eau. Autant de solutions qui contribuent à maintenir des eaux plus fraîches, mieux oxygénées et plus favorables à la biodiversité tout en préservant la ressource en eau. Elles nécessitent aujourd’hui une mobilisation collective afin de les développer à grande échelle et d’accentuer leurs bénéfices.