Liens généalogiques entre les bassins de la Charente et du Richelieu
Si nos deux bassins sont en partie liés par certains aspects de
leur histoire respective, en particulier entre l’exploration du
Richelieu par Champlain (1603-09) et la Conquête de la
Nouvelle-France par les Britanniques (1760), des liens d’ordre
généalogique existent également.
Partant du principe que l’actuelle région française de Poitou-Charentes a été la plus grande exportatrice de pionniers vers Nouvelle-France, plusieurs familles québécoises et acadiennes actuelles y ont donc leur origine. Dans les deux cas, certaines d’entre elles se sont éventuellement installées dans le bassin du Richelieu à un moment ou l’autre depuis environ 350 ans. Certaines n’y ont fait que passer alors que d’autres s’y sont établies de façon durable ou y sont toujours présentes.
Sous le Régime français, le peuplement du bassin du Richelieu s’est surtout effectué à partir des seigneuries du fleuve Saint-Laurent situées au Sud-Est de Montréal ou autour des fortifications qui seront construites le long des rives du Richelieu et ce, dès le passage des troupes du régiment de Carignan-Salières vers 1665. Beaucoup de ses premiers colons ont d’ailleurs été des soldats démobilisés de ce régiment dont les officiers s’y sont vus concéder des seigneuries par les autorités coloniales (ex. : Pierre de Saurel et Jacques de Chambly).
À ceux-ci se sont joints après 1765 des réfugiés acadiens, dont plusieurs sont d’origine pictocharentaise et qui, pour la plupart et avec la permission du roi d’Angleterre, ont pu longer le corridor qui va de la Nouvelle-Angleterre vers Montréal en passant par le lac Champlain et le Richelieu. Si certains poursuivront leur route vers les régions de Lanaudière ou de la Mauricie et des Bois-Francs, plusieurs se sont plutôt installés dans le Haut-Richelieu (d’abord sur le territoire de l’historique village de L’Acadie, aujourd’hui secteur de Saint-Jean-sur-Richelieu) voire jusqu’à Saint-Antoine-sur-Richelieu.
D’autres familles d’origine charentaise établies dans les surpeuplées seigneuries situées en bas de Québec viendront profiter vers le début du 19e siècle de l’accalmie qui suivra les invasions américaines ratées pour s’installer dans les riches terres inexploitées du Haut-Richelieu où la saison végétative était d’ailleurs plus longue qu’ailleurs.
Certaines familles surtout notables qui ont pris racine en Nouvelle-France sont même retournées en France, incluant dans le bassin de la Charente. Ce fut le cas, entre autres, des Lemoyne de Sérigny (la seule branche encore existante qui descend par les mâles de Charles Lemoyne, premier seigneur de Longueuil et autres lieux). On en a retrouvé, entre autres, dans la région située entre Rochefort t Saintes.
Des recherches sont actuellement en cours afin de constituer une banque de données composée de tous les descendants de Charles Lemoyne ainsi que de son frère aîné Jacques (Lemoyne de Martigny) et de ses sœurs Jeanne (épouse Le Ber) et Anne (épouse Messier) et ce, tant en France métropolitaine et coloniale (ancienne et actuelle) qu’en Amérique du Nord.
En résumé, la liste des pionniers originaires du bassin de la Charente est longue et parfois sinueuse, car certains ont parfois quitté Brouage et La Rochelle puis Rochefort pour s’établir en Nouvelle-France mais n’en sont pas originaires. Leur lieu d’origine n’est pas toujours facile à identifier. Ils n’ont pas toujours laissé de traces dans les registres paroissiaux, les contrats notariés, les listes de passagers ou autres sources d’information et ce, des deux côtés de l’Atlantique.
Cependant, la plupart de ceux dont l’origine charentaise a été prouvée étaient soit des engagés, des militaires, des fonctionnaires, des artisans et même des « faux-saulniers » (qui fraudaient l’impôt royal sur le commerce du sel). Il y a donc amplement matière à des recherches plus poussées pour les années à venir… Voulez-vous y participer ?
François Lafrenière
Vice-président pour le Corridor patrimonial international
et les Fêtes de Champlain
Comité de concertation et de valorisation du bassin de la
rivière Richelieu (COVABAR) et Président de la Société
d’histoire de la Vallée du Richelieu (SHVR).